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ELECTIONS LOCALES DE JUIN 2014 : LE SENS D’UN SCRUTIN

Posté par: Nioxor TINE| Dimanche 25 mai, 2014 03:53  | Consulté 2574 fois  |  0 Réactions  |   


Ce qui caractérise au mieux les prochaines élections locales du 29 juin 2014 reste la multiplicité des listes de candidats. Même si cela ne correspond qu’à une moyenne d’un peu plus de quatre listes pour les 600 et quelques collectivités locales que compte notre pays, il faut prendre en compte les dizaines de listes enregistrées dans les communes implantées dans la grande agglomération dakaroise, sa proche banlieue et les grandes villes sénégalaises, qui concentrent l’essentiel de l’électorat national.Cela nous conduit à parler de « somalisation électorale », en rapport avec le  processus de morcellement du tissu sociopolitique et la défaillance des entités ayant autorité sur le jeu électoral.

DIFFICULTES A IDENTIFIER L’OBJET DU VOTE

          Nous ne prétendons cependant pas que notre cher pays serait en voie de désintégration, de fragmentation comme la Somalie, mais nul ne peut nier qu’il y a une défaillance incontestable du gouvernement, du Parti-Etat yakaariste en gestation, à affirmer son autorité.

Un exemple patent de carence d’autorité du pouvoir central est constitué par la défiance des autorités religieuses de Touba, qui à l’instar de larges secteurs de l’opinion nationale demeurent encore réticentes (ô sacrilège !) à la loi sur la parité, qui quoique positive et progressiste dans son essence, est actuellement considérée comme prématurée et souvent perçue comme un instrument entre les mains de politiciens peu scrupuleux, ayant des visées de positionnement personnel ou de séduction de l’électorat féminin.

          Paradoxalement, au moment où des campagnes de presse et des caravanes nous font miroiter les bienfaits de l’acte 3 de la décentralisation,  les observateurs politiques et les démocrates sincères évoquent la notion d’OVNI électoral (objet du vote non identifié) en parlant des prochaines élections locales. De fait, ces joutes électorales risquent d’être celles de toutes les incertitudes, au vu du nombre effarant de listes de candidats en compétition dans certaines collectivités locales, mais surtout parce que l’ensemble des acteurs politiques font indéniablement montre d’absence de cohérence politique et d’un défaut notoire de cohésion programmatique. Jamais un processus électoral n’aura été aussi peu tributaire de choix idéologiques ou tout simplement d’enjeux politiques aussi bien nationaux que locaux !

UNITE FACTICE AU SOMMET, MORCELLEMENT A LA BASE !

          Sinon comment comprendre la profusion de listes infra-locales parfois confinées dans des quartiers, sous-quartiers ou concessions? Comment comprendre l’enrôlement forcé de bénéficiaires de bourses de solidarité familiale ou de mutuelles de santé dans des listes de candidats ? Ce ne sont là que quelques exemples des nombreux effets collatéraux de la précipitation des pouvoirs publics à vouloir organiser le scrutin, le 29 juin 2014 et de l’extrême simplification des procédures pour la candidature aux élections locales, face aux menaces de grève du syndicat des travailleurs des Collectivités Locales (difficultés d’acquisition de certaines pièces d’état civil), frustré par certaines dispositions de l’Acte 3 de la décentralisation. Comment comprendre, enfin, que des militants d’un même Parti ou d’une même Coalition puissent se retrouver sur plusieurs listes concurrentielles au sein d’une même Collectivité locale ?

          Pour les observateurs avertis de la scène politique, cela découle essentiellement de deux facteurs. Premièrement, la coalition Bennoo Bokk Yakaar a toujours été une Coalition de leaders sans véritable ancrage ni au sein des partis impliqués ni au sein du peuple sénégalais, qui dès l’éviction du Parti Démocratique Sénégalais, a observé une attitude attentiste, comme l’a prouvé le faible taux de participation aux élections législatives de juillet 2012. Deuxièmement, l’absence de concertation au sein de la Coalition Bennoo Bokk Yakaar est de notoriété publique et a été déplorée à maintes reprises par les plus courageux parmi les alliés du président Macky Sall. C’est pourquoi, face aux réformes au forceps sur le processus de décentralisation et sur la politique économique, les leaders des partis alliés ont jusque-là choisi d’avaler des couleuvres plutôt que de faire valoir les positions officielles validées par les instances de leurs partis respectifs.

C‘est ce qui nous vaut la déliquescence avancée de plusieurs formations politiques, dont les leaders historiques, refusant d’accepter une alternance venue à maturité, abdiquent devant un Président hostile à une véritable refondation institutionnelle. C’est le lieu de rendre hommage à des militants valeureux, bousculés dans leurs terroirs et bases naturels et qui ont choisi de prendre date avec l’Histoire.

FOIRE AUX PROMESSES ILLUSOIRES

          L’absence d’accords politiques entre les différentes Coalitions au pouvoir (Bennoo Bokk Yakaar, Macky 2012, autres membres de la mouvance présidentielle) ainsi que l’inexistence de projets politiques cohérents au niveau local risquent de dénaturer la signification de l’éminent acte citoyen que devraient constituer les élections locales prochaines et les confiner sinon à des opérations d’achats de conscience tout au moins à une “foire aux promesses illusoires”, toutes hypothèses qui n’aideront ni à approfondir le processus de décentralisation ni à asseoir des territoires viables et compétitifs porteurs d'un développement durable.

          C’est ainsi qu’au-delà des risques de troubles post-électoraux au lendemain de ces parodies d’élections, il sera difficile de tirer des enseignements utiles sur la signification politique du vote. Les résultats du vote ne permettront pas de déterminer l’approbation ou le désaveu de la politique gouvernementale, d’autant que les mouvements de défiance les plus forts contre les diktats présidentiels ont émané de cercles supposés être très proches du pouvoir, jusques et y compris parmi de grands responsables de l’APR ou de “ Macky 2012 ”, qui préconise d’ailleurs un vote-sanction contre Bennoo Bokk Yakaar. Ce qui a donné à madame le Premier Ministre l’envie de dire : “Mon Dieu, préserve moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge !”

EXCLUSION INJUSTIFIEE DES CANDIDATURES INDEPENDANTES

          Il faut noter que de nombreux dirigeants de la Coalition Bennoo Bokk Yakaar ont publiquement manifesté leur accord avec le principe des candidatures indépendantes aux élections locales, mais se sont inclinés devant les exigences de la Realpolitik présidentielle, qui a finalement exclu les listes non politiques de la compétition électorale. Cela a conduit à des stratégies de contournement de la part des « listes citoyennes », qui ont dû « emprunter » des récépissés de partis politiques pour pouvoir prendre part aux joutes électorales.

Le premier enseignement à en tirer est que des garanties certaines de représentativité (par exemple, parrainage par un certain nombre de citoyens provenant de plusieurs entités administratives) doivent être exigées aussi bien des partis politiques demandant une reconnaissance officielle que des candidats indépendants à des élections, quel qu’en soit la nature. Cela devrait permettre d’encadrer la légitime revendication des organisations de la société civile de participer sans aucun parrainage d’organisations politiques aux élections locales, en raison des risques de renforcement des tendances séparatistes ou centrifuges dans certaines régions de notre pays, comme l’exemple de la liste de Touba vient de l’illustrer éloquemment.

Deuxièmement, la nécessité de la légitimation de l’action publique locale devrait conduire les partis politiques à éviter le parachutage de responsables politiques “préfabriqués” à coups d’espèces sonnantes et trébuchantes ou auréolés du titre de Ministre de la République ou de PCA, mais plutôt à privilégier l’émergence de leaders naturels de la communauté, résidant au sein de la collectivité locale, en évitant dans la mesure du possible le cumul de fonctions.

          C’est à cause de toutes ces failles dans la gouvernance politique et d’une hostilité injustifiée vis-à-vis du processus de refondation institutionnelle, que le président Macky Sall risque de compromettre une réforme pertinente du processus de décentralisation et de déprécier les immenses potentialités que lui a léguées le mouvement national démocratique sénégalais et dont l’aboutissement provisoire est symbolisé par les recommandations de la Commission Nationale de  Réforme des Institutions. 

 

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Nioxor TINE
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